« Saint-Exupéry, l’ultime secret »

Rencontre avec Luc Vanrell

Bonjour à tous! Merci de diffuser l’invitation à vos adhérents et plus… Bulles amicales Frédéric Fedorowsky Président CEBS13 – FFESSM

La Commission Environnement & Biologie Subaquatiques des Bouches du Rhône a le plaisir de vous inviter à sa 4ème causerie de l’année 2014 ! Le vendredi 19 septembre 2014 de 18h30 à 21h00 au comité régional, 46 bd Fenouil 13016 Marseille. Thème du jour présenté par Luc Vanrell : « Saint-Exupéry, l’ultime secret » (entrée libre et gratuite réservée aux licenciés FFESSM et leur famille)
Afin d’organiser au mieux cette soirée, merci de confirmer votre présence.

Luc Vanrell est le plongeur sous-marin qui a retrouvé l’épave de l’avion d’Antoine de Saint -Exupéry et retrouvé l’identité du pilote allemand qui a abattu l’avion de l’auteur du Petit Prince dans la rade de Marseille.
le livre: « Saint-Exupéry l’ultime secret » de Jacques Pradel et Luc Vanrell / préface d’Alain Decaux / postface Xavier Delestre / édition du rocher

LUC VANRELL inventeur de l’épave de l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry a accepté de répondre aux questions d’Eric Vastine et de publier cet entretien et ses clichés photographiques personnels sur le site Little Nemo Marseille. Nous le remercions vivement de nous expliquer comment il a réussi à retrouver cette épave historique.

– « Comment as-tu eu l’idée de rechercher des épaves ? »

LUC VANRELL :  » En vérité , ce n’était pas une idée recherchée … Cela a toujours été une opportunité essentiellement liée au hasard ! La première épave qui est entrée dans ma vie , se trouvait au Sud de la Sardaigne . J’avais 6 ans . Mon père était lui même passionné d’archéologie et recherchait des épaves antiques, Grecques, Romaines et Étrusques principalement. Il était avec un ami plongeur à la recherche d’une épave au bas d’un tombant, signalée par de nombreux tessons. Dans ce temps là, la plongée était un peu plus « romantique » que de nos jours et moins structuré .
A 6 ans , je plongeais déjà depuis un an et j’avais pour consigne de ne pas dépasser le bout du plateau, dans une zone de 0 à 5 mètres. Je barbotais seul et c’est moi
qui suis tombé sur l’épave , elle était sur le plateau et pas au pied du tombant ! Une épave antique avec la découverte de ma première amphore ! Mais à cette époque là, la mer m’interresse bien plus pour la voile et la pêche, qui était l’activité des jeunes du huitième arrondissement de Marseille. C’était notre passion l’été. La plongée va revenir en force 4 ans après, à l’age de 10 ans. Jusque là, le matériel était peu adapté pour les enfants et je comprenais pas toujours l’intérêt de plonger en scaphandre dans les endroits ou je me baladais d’habitude en apnée. En
Bouteille, pendant 3/4 d’heure on avait un peu froid car on ne bénéficiait pas du soleil en surface. Cela raccourcissait les après-midi en plongée, alors qu’en apnée, on pouvait passer la journée entière . Après la passion des épaves ne va pas vraiment s’établir, il s’agit surtout de trouver de nouveau site de plongée dans la région à laquelle je suis très attaché, c’est à dire la DURANCE, le RHONE et les ALPES et plus particulièrement à MARSEILLE et à la zone des calanques. Je vais donc explorer toute cette zone. Je bénéficie du recul et de l’expérience de mon père, et je ne vais pas gâcher trop de temps sur des sites douteux. C’est donc la recherche de nouveaux site , de l’exploration véritablement qui va me passionner. Essayer de trouver des paysages nouveaux, des roches ou des tombants inconnus. Évidemment en cherchant , on trouve aussi des épaves…. »Évidement en cherchant, on trouve aussi des épaves. »

-« quelle est ta méthode pour rechercher ? »

Luc Vanrell : « La première méthode, c’est de se définir une zone géographique et ne pas se disperser. Parce qu’en procédant au petit bonheur la chance, on risque de ne rien trouver et de se lasser rapidement. Le principe est de prendre une carte marine et d’explorer une zone à fond. En quadrillant de façon rigoureuse, on sait que
cette zone est connue totalement. On sait alors ce qu’il y a d’intéressant et on sait aussi où il n’y a rien. C’est
ma démarche personnelle. Je définis une zone et je la prospecte. Si elle est accessible facilement en plongée, je la visite aussi en plongeant. Sinon, elle sera prospectée de la surface à l’aide d’un sonar et d’un sondeur vertical qui va me permettre de dessiner sur un papier ou un écran le profil du fond et toutes ces anomalies. Le problème, c’est qu’il faut une sacrée
expérience et de longues heures de pratique pour arriver à déterminer sur quel type de matériaux, on est passé. Sable, vase, bois, poterie, ou métal. Avec l’habitude, on finit par arriver à discerner ces différences. Dans tous les cas, il faudra plonger pour vérifier visuellement. C’est donc LA surprise ! Quand on a la chance de tomber sur quelque chose d’intéressant, soit sur le plan historique sur une belle épave, ou sur le plan paysager sur une belle roche, c’est très gratifiant ! Mais comme toute recherche, on plonge surtout sur des cibles qui sont parfois d’intérêt tout à fait nul, mais l’important c’est de pouvoir marquer sur sa carte : Là, il y a une anomalie au fond et elle n’a aucun intérêt. Il faut admettre que c’est aussi important, que de dire il y a une anomalie et c’est une épave magnifique… Là c’est la partie de poker !
Sur l’épave de SAINT-EXUPÉRY, je ne préfère pas compter les anomalies…

– « Combien d’anomalies ? Combien de réussites ? »

Luc Vanrell : « Sur l’épave de SAINT-EXUPÉRY, je ne préfère pas compter les anomalies, ça représente beaucoup de plongées pour trouver parfois une pièce de 20 cm² avec 2 boulons. L’épave était très dispersée. Par exemple, je pense à un avion que l’on a retrouvé en prospectant systématiquement une zone, celui ci est arrivé comme étant la seizième cible sur cette zone-là. En fonction de la profondeur, on était 2 plongeurs pour une zone profonde. On avait accès à 2 cibles par jour et par plongeur, soit 4 cibles par journée de recherche. Il faut quadriller, noter, repérer précisément la position des anomalies.

-« AU G.P.S ? »

Luc Vanrell : « A cette époque là, on n’avait pas de GPS, on travaillait avec des systèmes de navigation traditionnels comme le compas. On prenait des relèvements à terre, l’important étant de faire des passages parallèles de façon à ne pas oublier une partie sur une zone de 2 hectares. Car si on oublie une zone de 50 m², il peut y avoir quelque chose d’intéressant. Il faut avoir
de la patience et faire du systématique. Dans le cas de l’épave de SAINT-EXUPÉRY, c’est plus difficile car la zone est profonde et cela limite qu’à une seule plongée par jour. C’est une mise en œuvre et une logistique plus lourde en matière de plongée. Et puis je cherchais une épave, mais je n’ai pas trouvé d’épave, seulement des débris d’avion. L’avion était tellement fragmenté que c’était difficile de reconstruire ce puzzle. Retrouver des débris d’avion, c’est motivant car on se dit qu’on va peut être retrouver un bel avion .A ce moment-là, il n’y avait pas de lien forcé entre ces débris et une épave de cette importance. J’ai commencé à explorer cette zone au début des années 80. Ç’a été un petit peu, de temps en temps, car la zone est profonde, et il faut de bonnes conditions météo. Suivant les plongées j’avais besoin d’un équipier sur le bateau pour m’amener les moyens de décompression absolument fiables. Sous l’eau, on a d’autres soucis à
gérer que de penser à l’après plongée. Sur cette zone-là , je me suis arrêté à 87 mètres…

-« Luc, comment organises-tu une plongée ? Utilises-tu des mélanges pour des plongées profondes ? »

Luc Vanrell : « Cela dépendra de la période de ma vie. Plonger profond demande d’y être accoutumé, et ça pose moins de soucis qu’une fois de temps en temps. Quand c’est sur une période régulière, j’ai fait des recherches à l’air pour une question de facilité de mise en œuvre. Je me suis arrêté à 87 mètres sur cette zone-là. Après le temps au fond, 15 minutes à 87 mètres
(en comptant le temps de descente) m’obligeait à des temps de décompression trop lourd, il ne restait pas beaucoup de temps pour faire de la recherche de VISU sur des cibles très petites, qu’il n’était pas possible de marquer au sondeur en surface. Par contre pour les plongées d’identification où j’essayais de comprendre et de photographier les indices sur les fragments de l’appareil, là, pour des questions de lucidité et de rendement de la plongée, j’effectuais une plongée aux mélanges ternaire classique TRIMIX (mélange : azote-oxygène-hélium) »

– « Pour l’identification de l’appareil, tu prenais des photos et ensuite tu contactais des historiens ? »

Luc Vanrell : « Les premières photos que j’ai prises de cette épave (celle de l’avion de SAINT-EXUPÉRY), puisque je pense qu’elle est suffisamment significative et célèbre pour qu’on puisse la prendre comme référence, date de 1982. J’en ai envoyé très vite des photos de certaines pièces qui me paraissaient identifiables à des passionnés d’aviation ancienne. Ils n’y ont rien vu qui
ne leurs permettent d’identifier le type d’avion. Certains ont pris un train d’atterrissage pour un mat de charge d’un bateau !
Les gens en général sont intéressés par une épave homogène et complète, posée si possible à l’endroit, à plat et en un bon état. Car pour un plongeur, c’est plus joli qu’un avion en pièces détachées, éparpillées en vrac au fond de la mer, où il n’y a que peu de chance de remonter à l’identité du pilote.Les gens ne rebondissaient pas sur mes informations. J’ai persévéré, par curiosité, et surtout en espérant tomber sur une pièce suffisamment significative pour remonter à l’histoire de l’appareil. Il faut dire que pendant ce temps-là, j’avais trouvé un autre appareil plus important, un bombardier allemand pour lequel, on a retrouvé toute l’histoire, où l’on a réussi à identifier les quatre membres d’équipage qui sont morts dans le scratch.
Donc c’était une motivation supplémentaire et cela m’a permis de nouer de nouveaux contacts dans le monde des passionnés d’aviation. Là en l’occurrence, je transmets les informations et rien ne se passe …Et c’est par l’arrivée d’internet que les choses vont s’accélérer …Puisqu’on peut communiquer rapidement et avec facilité au delà des frontières.
Ainsi quand l’affaire de la  » gourmette  » sort dans la presse ….

-« Et quand l’affaire de la gourmette sort dans la presse …que fais tu ? »

Luc Vanrell : «… Et quand l’affaire de la gourmette sort dans la presse, il se trouve que je travaille à cette période en mer, face à la zone de « l’horizon » (le nom du bateau de Jean-Claude Bianco) et je peste tous les jours car je le vois passer sur le champ de débris en me disant régulièrement que les pièces seront déplacées et que certaines disparaîtront. Je me dis que , si un jour on cherche à comprendre l’histoire de cet appareil, on ne pourra plus car la pêche aura fait trop de dégâts. Donc le lien est très rapide. Jean-Claude Bianco déclare la gourmette en 1998, je sais sur quelle zone il pêche, je sais qu’il y a des débris d’avion … La première question que je me pose : « Y a-t-il un lien entre la gourmette repêchée et les débris ? »
D’un puzzle d’aluminium, on passerait à l’hypothèse d’un appareil très précis. Auquel cas, cela serait la résolution d’une sacrée énigme historique. Ce qui est extrêmement motivant. A ce moment-là, je préviens les autorités de façon formelle, car je suis tous les jours à la mer pour eux, qu’il y a peut-être un lien entre les deux.
Mais vu que l’affaire de la gourmette a été si difficile … L’INVENTEUR A ÉTÉ TRAITE DE FAUSSAIRE !
Moi, je dis que je n’affirme rien tant que je ne suis pas sûr. Je continue donc à chercher une identification plus formelle. Mais la piste était déjà ouverte. De n’importe quel appareil,
je passais à « Est-ce qu’il ne s’agit pas d’un appareil américain de type LOCKEED P38, surnommé « LIGHTNING ? » (Lightning, signifiant l’éclair parce que très rapide à l’époque) Et très facilement, je vais reconnaître sur mes vieilles photos une pièce qui me parait être typiquement de cet appareil-là. Malheureusement, cette identification n’est pas suffisante parce que sur le littoral provençal, mes recherches m’apprennent que 42 avions de ce type ont disparus !
Ce que je peux affirmer, c’est que c’est 1 de ces 42 ! La difficulté de recherche du côté allemand vient du fait du nombre important d’archives perdues dans la débâcle. Aux USA, les américains connaissent exactement le nombre de disparus, et ceux qui ont pu survoler la zone. Sur 42 appareils, on s’aperçoit qu’il n’y en a que douze qui ont pu tomber en mer. Avec un peu de patience, des recherches sur internet, je me dis que c’est un des douze. Dans ces douze-là, il y a celui du propriétaire de la gourmette … Antoine de Saint-Exupéry »

-« Est ce que tu penses à ce moment là que c’est la gourmette et l’avion d’Antoine de Saint-Exupéry ? »

Luc Vanrel :  » je ne vois toujours pas comment l’affirmer. Je lance donc un appel à l’aide sur internet, les associations françaises me répondent qu’elles n’arrivent pas à reconnaitre les débris qui sont trop dégradés. Par hasard, en recherchant des passionnés du P-38, je tombe sur une association de vétérans qui pilotaient cet appareil pendant la guerre de libération de la France. Des pilotes américains octogénaires, le 367 Groupe de chasse de l’US.AIR FORCE surnommé  » The Dynamite Gang » vont se passionner pour l’affaire. Ils vont m’apporter une documentation extraordinaire sur l’appareil.Comme ils ont dans leur rang un ancien technicien de chez Loockeed qui a fabriqué des P-38, et surtout qui a gardé personnellement des archives sur les avions (alors que les archives de l’usine Loockeed ont brulées à l’époque dans un incendie). Je me retrouve ainsi avec un potentiel de documentation technique énorme et des gens extrêmement motivés.
Pour l’anecdote, je me suis demandé pourquoi ils étaient si motivés, alors qu’en Europe personne ne s’en intéressait vraiment ?
C’est une démarche qui est totalement différente de la nôtre. Nous avons un long passé de guerriers. La guerre est malheureusement quelque chose de pas si extraordinaire que ça dans les nations européennes, et de perdre des soldats est quelque chose de relativement banal. On a le culte du soldat inconnu pour se rattraper sur le devoir de mémoire. On ne s’acharne pas à aller jusqu’au bout des histoires.Alors que les américains recherchent un pilote ou un soldat disparus jusqu’à ce qu’on efface son nom du mur des disparus du cimetière d’Arlington. Et c’est une catastrophe tant qu’on ne l’a pas retrouvé, tant qu’on n’a pas ramené son histoire à la connaissance de la population américaine.Comme je parle de la potentialité d’un avion américain, ces vétérans sont motivés parce qu’il s’agit peut-être d’un des leurs. Et ils vont tout faire pour rayer le nom d’un compagnon d’arme du mur des disparus et lui attribuer une tombe dans son village d’origine.
Je suis sur place, ils sont au États-Unis. C’est moi qui vois, et ce sont eux qui ont la documentation. UN autre problème se pose … Il y a longtemps, j’avais trouvé sur la zone un moteur et celui-ci ne correspondait pas du tout à un P-38 puisqu’il n’avait que 6 cylindres.Alors il me vient l’idée que si le moteur est envasé, on ne voit peut-être que le haut de la culasse d’un V-12 …
-« Correspondant ainsi à celui d’un P-38…? »

Luc VANRELL : » On ne voit peut-être que le haut de la culasse d’un V12… Je vais donc dévaser le moteur pour m’apercevoir que c’est bien un moteur en V, 12 cylindres. Il a tout d’un moteur P-38. La taille, les 12 colonnes, la géométrie.Je relève dessus le numéro de série avec un marquage et je l’envoie immédiatement par mail à Jack Curtis, la personne qui m’a le plus soutenu dans cette affaire. Jack me répond tout de suite : « Cette numérotation n’est pas américaine, ni anglaise. Je peux l’affirmer de façon SUR et certaine » et il ajoute : »Regarde du côté allemand
ou Italien ». Evidemment : GROS problème. On a voulu voir un rapport entre la gourmette et les débris… et il n’y en avait pas ! On a commencé à identifier un P-38 et on s’est trompé !
On repart avec nos morceaux qui ont permis l’identification dans les nomenclatures de pièces détachées des avions allemands pour trouver une correspondance avec un de ces appareils. On trouve une certaine similitude avec un Messerschmitt 109, mais ça ne colle pas parfaitement !
Au bout de quelques semaines de doute, Jack Curtis me renvoie un mail avec une photo entourée de sa main sur la partie d’une pièce de P-38 – Un train d’atterrissage – Et il me dit : « Il n’y a aucun doute, cette pièce-là, ne peut être qu’un train d’ atterrissage de P-38 ». Il faut savoir que chaque avion à un train d’atterrissage unique qui lui est dédié. C’est un moyen formel de reconnaître un type d’appareil. Il me dit aussi qu’il faut arrêter de partir sur la piste d’un avion allemand et qu’il faut envisager la piste de 2 avions, 1 américain et l’autre allemand sur la même zone de ce champs de débris. »

-« Ca va compliquer les choses ? »

Luc Vanrell : « Et OUI, nous revoilà partis avec notre liste de 12 appareils potentiels sur la zone et je tiens absolument à ce que l’identification soit certaine, au moins à mes yeux. Car je sais que ça va faire du bruit dans la presse et j’ai vu les problèmes qu’avaient posés la déclaration de la gourmette à Jean-Claude Bianco et toutes les polémiques qu’elle avait soulevé…
Maintenant, il faut faire un lien entre cette épave de P-38 et celle de Saint-Exupéry. Pour cela, je me replonge dans la documentation pendant des heures, j’y consacre le plus souvent mes soirées. Et je m’aperçois par hasard qu’à un moment donné les P-38 ont fortement changé et il y a eu énormément de modèle. Pendant toute une génération d’appareil, on a continué à faire des additifs à la documentation existante car les modifications n’étaient pas significatives et à partir d’un modèle particulier, on va refaire totalement la documentation de l’appareil. Même s’il a la même silhouette, il a techniquement une telle différence qu’il n’est plus possible de faire évoluer la documentation d’origine !
Ça m’interpelle et je me dis que si l’on cerne deux types d’appareil, on va peut être pouvoir montrer si il s’agit d’un nouveau ou d’un ancien modèle.
Je me replonge sur la liste de perte et par chance je m’aperçois qu’il n’y a plus que 4 appareils de la deuxième génération qui ont disparu (dont celui d’Antoine de Saint-Exupéry) et qui ont pu voler au dessus de la méditerranée et de la zone de Marseille. En affinant les recherches sur la perte de ces appareils, je me rends compte qu’on connait l’histoire de 3 sur 4.
En allant plus loin, on connait même les points de chutes des appareils. Soit par des témoignages visuels, radar ou radio ». Si je veux prouver que c’est un appareil de nouvelle génération, cela ne peut plus être un autre que celui de Saint-Exupéry ! C’est le seul qui peut être en méditerranée et dont on ignore la fin de l’histoire. Pour les 3 autres, UN a été renfloué et pour les DEUX
autres, les pilotes ont émis à la radio leur position de chute. Et on ne peux pas imaginer une erreur de navigation des pilotes qui disent qu’ils tombent, l’un à Menton et l’autre au Cap Corse et qui se retrouveraient à Marseille ! On ne peut pas imaginer que des chalutiers auraient pu déplacer l’épave sur tant de kilomètres.
Ce qui me reste à faire c’est identifier un P-38 de nouvelle génération.

– » Comment t’y prends-tu ? »

Luc Vanrell : »Là c’est un grand travail d’archive. C’est un travail technique – Sur le train d’atterrissage dont j’avais des photos depuis les années 80, je vois que l’on a à faire à un train typique nouvelle génération parce qu’il est renforcé à cause du surpoids du moteur »

– « Comment retrouves-tu ces documents ? »

Luc Vanrell : « Tous les moyens sont bons. J’ai cumulé une documentation qui ne tient plus dans ma bibliothèque sur cette partie de l’histoire et sur ce type d’appareil. Une grande partie via internet et d’autres de documents existants liés à des contacts de gens qui sont historiens ou des passionnés comme le sont mes contacts aux USA ».

-« A ce moment-là, tu es sûr que c’est l’épave de SAINT-EX ? »

Luc Vanrell : « Je préfère vérifier la piste. Pas de possibilité, c’est encore en épluchant en détail la documentation que je vais trouver une particularité. Je dois aller replonger pour vérifier sur le train de l’appareil qu’une certaine pièce est bien en place. Une pièce qui est entre le turbo compresseur et le moteur. Un travail en aveugle car je n’ai pas d’autorisation de fouille, je ne peux pas déplacer les pièces, ni les remonter en surface et c’est par le logement du train d’atterrissage qu’à tâtons, je vais toucher la pièce. Sur les premiers modèles, c’était une pièce toute simple, sans angle. Sur la nouvelle pièce,il y a des angles ! Je sens au bout de mes doigts des angles !
J’aimerais la voir, cette pièce ! En la triturant, évidemment les colliers qui la tiennent (qui ont passé 50 ans sous l’eau !), lâchent et je me retrouve avec la pièce à la main
et là, j’ai ma réponse ! L’affaire est réglée ! Pour moi elle se termine là.

Évidemment, il y a toujours des sceptiques dans ces histoires-là. Ceux-ci ne vont pas au bout de mes conclusions, ni au bout de mes rapports sur l’identification.Pour eux, il s’agit d’un P-38 de nouvelle génération, mais il ne font pas le liens avec Saint-Exupéry. Quand je fais ma déclaration en étant sûr de moi, je précise que le renflouement des pièces et leurs études permettraient de trouver forcement un numéro constructeur. Sur tous les appareils, on note le numéro de série puisque les avions sont fabriqués à la chaîne et toutes les pièces sont identifiées pour avoir une certaine traçabilité. Donc, il était certain, au moins sur un tronçon significatif, qu’on trouverait un numéro de série de l’armée et qu’on pourrait le rattacher aux séries livrées à l’armée ou au numéro de matricule militaire. Comme une carte d’identité à l’appareil.
Ça a été fait en octobre 2003. Deux ans et demi après la déclaration ! Ce qui est un délai normal pour l’administration.L’armée, au vu du rapport final de fouille, qui précisait les numéros et l’identification absolument indubitable de l’avion et de son pilote, a rappelé qu’elle était propriétaire de l’épave. Elle a donc récupéré les pièces qui ont été stockées sur la base aérienne d’Istres et après expédié au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget où un espace a été réservé à Saint-Exupéry .Voilà la FIN de l’auteur du Petit-Prince, c’est à Marseille au large des Calanques… »

PS : LUC VANRELL inventeur de l’épave : inventeur, ça vient d’inventaire ! L’inventeur est la personne qui permet de porter un nouveau bien sur l’inventaire
des biens culturels attachés au patrimoine, à l’histoire.

Entretien réalisé par Eric Vastine pour l’association Little Nemo. Nous remercions Luc Vanrell d’autoriser sa publication.